22 octobre 2013 - Bankolé Boladji

Le mouvement Mercredi rouge au Bénin : les tenants et les aboutissants

Depuis la fin du régime marxiste-léniniste en 1989, le Bénin possède une image très forte de pays démocratique dans toute l’Afrique subsaharienne, le pays est en effet un des pionniers du multipartisme africain.
L’un des sujets de l’actualité depuis le mois de juin 2013 au Bénin est la révision de la Constitution. De l’objectivité à la subjectivité, de la passion au réalisme, le sujet passionne et chacun y va de son côté dans un dialogue de sourds.
Pour protester contre la révision de la Constitution jugée « opportuniste » par certaines organisations de la société civile, en l’occurrence Alternative citoyen, des syndicalistes, des membres de l’opposition  ont initié un mouvement Mercredi rouge. Il s’agit de quoi en réalité ? Pour suivre le mouvement, il faut ajouter du « rouge » à son habillement. Une chemise, un T-shirt, un foulard, une casquette… Tout est autorisé. L’essentiel est d’afficher sa position contre le régime de la terreur, des scandalesPhoto des manifestantes du mouvement mercredi rouge et du passage en force. « Mercredi rouge » est un nouveau concept qui donne la possibilité aux citoyens qui sont contre la révision, de s’afficher, de s’organiser et d’aller contre les griots « révisionnistes ». Le rouge est avant tout symbole du courage, c’est l’une des couleurs présentes sur le drapeau du Bénin. C’est davantage la couleur de la colère, une façon de dénoncer un régime qui s’accroche au pouvoir et qui tente de berner sa population.
Les mots d’ordre  de ce mouvement  se résument en quelques slogans:
• NON à la révision opportuniste de notre Constitution ;
• NON à l’inféodation des institutions de l’État ;
• NON à la confiscation des organes de presse publics ;
• NON à un seul homme qui se tient en travers des décisions de Justice ;
• NON à l’ensevelissement des crimes de toutes natures ;
• NON au régionalisme, au tribalisme et au népotisme ;

Loin d’être un simple mouvement de protestation, ce mouvement est devenu un bec noir pour les autorités locales et centrales qui le perçoivent comme un trouble à l’ordre public. Des arrestations des membres dans plusieurs communes, présentés aux procureurs de la République et puis relâchés, des assignations à domicile des organisateurs pendant la fête de l’indépendance, des interdictions de marches pacifiques, voilà les moyens trouvés pour le gouvernement en place pour étouffer le mouvement.
Mieux, plusieurs actes ont été posés pour discréditer le mouvement.

Ainsi le magasine Jeune Afrique no 2746 du 25 au 31 août 2013 révèle que « La création soudaine au Bénin du Mercredi rouge, farouchement hostile au projet de réforme  de la Constitution, ne doit rien au hasard. L’un de ses principaux dirigeants, Joseph Djogbenou, n’est autre que l’avocat de Talon, l’homme d’affaires poursuivi pour tentative d’empoisonnement contre le chef de l’Etat, Boni Yayi, en octobre 2012. Pour le pouvoir, le scénario brandi par le Mercredi rouge – la réforme  de la Constitution permettrait au président (lequel effectue, aux termes de l’actuelle Loi fondamentale, son second et dernier mandat) de se représenter en 2016 en passant à une nouvelle République – est un écran de fumée. La raison réelle de cette opposition concerne plutôt l’une des dispositions de la réforme : l’imprescriptibilité des crimes économiques. Or, Patrice Talon est également visé par sept plaintes économiques, notamment dans le secteur du coton et sur le programme de vérification des importations (PVI) au port de Cotonou.» En d’autres termes, c’est Patrice Talon qui est l’investigateur de ce mouvement. Voilà en  quelques lignes la perception des défenseurs du régime en place au Bénin du mouvement Mercredi rouge.
Mais quelles sont en réalité les raisons qui justifient la révision de la Constitution béninoise ?
Les raisons, selon le gouvernement béninois, qui ont nécessité la démarche de la révision de notre loi fondamentale restent toujours d’actualité et visent à asseoir dans notre nation l’Etat de droit et une •démocratie renforcée sur des bases saines et solides pour un développement économique durable de notre pays. Il s’agit de :

• la création et  la constitutionnalisation de la Cour des comptes;

• la constitutionnalisation de la Commission autonome électorale nationale ;

• l’imprescriptibilité des crimes économiques dans le cadre de la moralisation de la vie publique et de la lutte contre la corruption engagée dans notre pays depuis avril 2006.

Par ailleurs certains points jugés « cardinaux et intouchables » par la Conférence nationale des forces vives de la nation de février 1990 et considérés comme le socle de notre Constitution sont maintenus dans le projet de la révision de la révision. Il s’agit de : l’état de droit, la démocratie libérale; la forme républicaine de l’Etat; le multipartisme intégral; la nature présidentielle du régime; la limitation du mandat du président de la République; l’âge des candidats à l’élection du président de la République. Face à ces arguments du gouvernement, les antirévisionnistes estiment que les raisons évoquées par le gouvernement ne tiennent pas. En ce sens que la Commission électorale nationale autonome (Céna) est déjà permanente et est contenue dans la loi électorale votée par le Parlement. Aussi l’imprescriptibilité des crimes économiques est contenue dans la loi portant lutte contre la corruption en République du Bénin. Quant au troisième argument, la création et  la constitutionnalisation de la Cour des comptes, un amendement à la Constitution suffit. Ils estiment que les raisons de la révision sont ailleurs : réviser la Constitution pour briguer un nouveau mandat en 2016. Ce que nie le gouvernement, car le chef de l’Etat n’a pas cessé de proclamer sa bonne foi. Partout il passe, devant le Pape Benoît XVI, devant le président Obama, devant le secrétaire des Nations unies et bien d’autres éminentes personnalités.
Pa ailleurs, les antirévisionnistes n’ont pas confiance aux propos du gouvernement puisque ce dernier ne tient jamais sa parole selon eux. Les deux camps entretiennent un dialogue de sourds . Du mouvement Mercredi rouge pour les antirévisionnistes aux mouvements Lundi vert et Vendredi blanc pour les révisionnistes, le peuple a faim et attend qu’on lui donne à manger. Nous n’avons qu’une seule envie, que les uns et les autres s’assoient et discutent, car le pays appartient à nous.

A suivre dans l’article suivant : mouvement Mercredi rouge : du bruit vers l’invisibilité

source photo: http://infobenin.over-blog.com

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Bankolé Boladji
Titulaire d'un master en Agro économie. Je suis très passionné par les TICs. Je blogue sur les questions politiques et aussi les questions relatives l'agriculture et sécurité alimentaire.

affaire Talon-YAYI / Politique

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