Awa, 17 ans, et le chemin vers ses droits

Article : Awa, 17 ans, et le chemin vers ses droits
Crédit:
14 septembre 2025

Awa, 17 ans, et le chemin vers ses droits

Silence sur Awa

Awa a 17 ans, elle vit dans un village dans la commune de Kalalé, dans le nord-est du Bénin, à proximité de la frontière avec le Nigeria. Elle aime danser, rire avec ses amies, rêve d’être sage-femme.

« Chez nous, on ne parle pas de ça, et même on ne dit pas le mot. Un silence assourdissant. On apprend par les copines… ou trop tard. »

Pourtant, sitôt prononcé le mot « sexualité », baissent les préoccupations et s’éteignent les sourires. À l’école, elle reçoit des cours de maths (les équations), de SVT avec photosynthèse… Mais jamais sur le corps ni sur sa protection.

Une génération exposée mais peu informée

L’histoire d’Awa n’est pas un cas isolé. Selon l’Institut National de la Statistique et de la Démographie (INStaD), près d’une jeune fille béninoise sur cinq (19 %) est déjà mère avant 18 ans. Les données fournies par l’Enquête Démographique et de Santé (EDS 2017–2018) révèlent que seulement 12 % des adolescentes (15–19 ans) utilisent une méthode contraceptive moderne alors qu’on note qu’environ 30 % d’entre elles éprouvent un besoin non satisfait en planification familiale.  

Ces grossesses précoces entraînent souvent un abandon scolaire, des complications et des traumatismes chez les jeunes mamans.

Dans ce cadre, parler de droits sexuels et reproductifs ne devient pas seulement un acte de prévention, mais un acte de justice sociale.

Le jour où Awa a osé franchir une porte

Un mercredi après-midi, Awa a poussé le seuil d’un Centre de Santé pour Jeunes et Adolescents (CSJA) sous la conduite de l’Association Béninoise pour la Promotion de la Famille (ABPF).

Elle tremblait, regretterait-elle d’avoir osé.

Peine perdue ! elle s’est retrouvée accueillie dans la chaleur de la convivialité et la confidentialité. Une infirmière lui a expliqué posément les différents modes de contraception, la prévention des Infections sexuellement transmissibles (IST) et ses droits à disposer de son corps et à dire non.

« Ce jour-là, j’ai compris que j’avais le droit de décider pour moi », dit-elle, le regard soudain plus assuré, « je me suis sentie libre, pour la première fois. »

Des ONG tels que l’Association Béninoise pour le Marketing Social et la Communication pour la Santé (ABMS) et l’Association Béninoise pour la Planification Familiale (ABPF) ne cessent de déployer des initiatives novatrices. Parmi ces nouvelles offres, citons : des cliniques mobiles déployées dans les zones rurales ; une ligne verte confidentielle, le 91 53 25 25 ; des séances de sensibilisation dans les établissements scolaires ; et le téléconseil via des messageries sécurisées. Pour l’année 2023, les cliniques mobiles de l’ABPF ont permis la prise en charge gratuite et adaptée de plus de 40 000 jeunes !  

Quand enfin les lois suivent les réalités

Le Bénin a pris courageusement, en 2021, une réforme historique, la Loi n° 2021-12, qui autorise l’Interruption volontaire de grossesse (IVG) dans le cadre des motifs médicaux, éducatifs, professionnels, sociaux ou moraux jusqu’à 12 semaines de grossesse. Ceci afin de réduire le nombre d’avortements clandestins, représentatifs d’environ 15 % des décès maternels selon l’UNFPA).

Parallèlement, le Ministère de la Santé, soutenu par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) et l’UNFPA renforce la gratuité de la planification familiale au niveau des centres publics, la formation des agents de santé ainsi que la création de nouveaux centres de santé et de promotion de la santé reproductive (CSJA) dans les communes.  

📞 Où s’adresser quand on est jeune ?

  • 🩺 A Béninoise pour la Promotion de la Famille (ABPF)

Cliniques jeunes (Cotonou, Parakou, Porto-Novo…)

Ligne verte : 91 53 25 25

www.abpf-bj.org

  • A Béninoise pour le Marketing Social et la Communication pour la Santé (ABMS / Population Services International)

Réseau ProFam, PF, dépistage VIH/sida

www.abms-bj.org

  • Ministère de la Santé – CSJA

Mieux informer et accueillir les jeunes, des services gratuits, confidentiels, adaptés aux jeunes

Se renseigner auprès du centre de santé le plus proche

L’avenir vu par Awa

Awa veut être sage-femme, cette voix rassurante qu’elle aurait aimé entendre plus tôt. « J’ai compris que nous avons le droit d’être protégées, le droit de choisir. Et nous ne devrions pas avoir honte de cela. » Alors, si nous, adultes, osons rompre les silences et ouvrir des voies ?

💬 Un message final Les droits sexuels et les droits reproductifs, ainsi que la santé, sont des droits humains fondamentaux qui ne peuvent pas être réduits à un luxe. Investir dans l’éducation, l’information, la sensibilisation, la responsabilisation, l’accès équitable à des services de santé, c’est responsabiliser toute une génération au service d’un Bénin libre, égalitaire, et prospère

Boladji

Étiquettes
Partagez